ÉTALINGURE, vous avez dit étalingure ?

 

Sous ce nom bizarre se cache une préoccupation autour d’un dispositif rarement sollicité, mais qui lorsqu’il l’est, doit fonctionner sans aucune défaillance. Il s’agit du mouillage.

Un 38.50m ce n’est pas comme une voiture c’est plutôt comme un camion,  un gros même puisque, à lège, on est à 50 voire 100 tonnes. De plus, il y peu de freinage, avec une marche arrière peu efficace et lorsque le moteur tombe en panne il n’y a plus de frein du tout.

C’est là que le mouillage prend toute son importance. Les prescriptions relatives au Certificat Communautaire qui définissent le poids des ancres, les longueurs de chaîne, les échantillonnages des différents éléments, en sont un reflet. Les « commissions de visite » vérifient que les treuils sont effectivement en état de fonctionner ce qui est une très bonne chose. En effet,  faute de servir souvent, les treuils sont souvent grippés, les barbotins soudés aux volants d’entrainement, les chaînes attaquées par la rouille voire même certains des maillons sont soudés les uns aux autres.

Les orifices de graissage, au droit de chaque portée d’axe sont le plus souvent recouverts de peinture. La lubrification de ces pièces en rotation n’est pas faite ce qui rend le treuil très fatigant à manipuler quand il n’est pas complètement grippé.

Bien entendu la première chose à faire c’est de faire en sorte qu’on puisse mouiller, rapidement, sans être obligé de faire appels à des gros-bras. Les exemples de pannes moteur en amont d’un barrage ne sont pas très courants mais le jour où cette éventualité se réalise (une buche qui se prend dans  l’hélice par exemple), on n’a pas le droit à l’erreur : le treuil maintenu en navigation en position de « prêt à mouiller » (le barbotin n’est tenu que par le frein) il suffit de desserrer le frein et l’ancre tombe dans l’eau, la chaîne s’étale. Il faut, pour que l’ancre travaille dans de bonnes conditions, laisser filer une longueur de chaîne de 4 à 5 fois la hauteur d’eau.

Il n’est pas toujours facile d’évaluer la longueur de chaîne étalée simplement en regardant tourner  le barbotin. On peut s’aider en disposant sur la chaîne des repères (colliers de couleur, maillons peints…).

Après avoir laissé filé un bonne longueur de chaîne, deux choses l’une : soit la chaîne n’est pas tenue en bout et elle peut faire « ploc », mouillage perdu, soit elle est tenue par un moyen ou par un autre à la coque. C’est ce qu’on appelle une étalingure.

Quand elle existe il s’agit le plus souvent d’une manille ou d’un câble + serre-câble bien rouillés et indémontables. Ce n’est pas une situation souhaitable.

Il faut en effet pouvoir larguer le mouillage en cas de besoin ou d’urgence quitte à laisser, en bout de chaîne, un orin et un flotteur pour venir le récupérer lorsque les conditions seront plus favorables. Il faut donc détruire cette étalingure indémontable et la remplacer par une étalingure constituée par un brelage fait de nylon noir de diamètre 5 ou 6 mm. En cas de besoin un opinel suffira pour la larguer.

Ces dispositions ne sont pas évoquées dans les prescriptions relatives au Certificat Communautaire. Mais un capitaine de navire soucieux d’éviter des situations imprévues, parfois dangereuses, aura à cœur de vérifier la présence de cette étalingure et son état.

Signalons pour la petite histoire que sur les navires de guerre il y a bien sûr des étalingures sur les chaînes de mouillage. Mais une des spécificités de ces bateaux est d’avoir à conserver des capacités de mobilité en toutes circonstances. En cas d’attaque on ne peut pas se permettre de passer même seulement un quart d’heure à remonter son mouillage. Il y donc sur la plage avant à côté des treuils guindeaux et cabestans une commande permettant de larguer l’étalingure sans avoir à descendre sous le pont. Le mouillage est envoyé par le fond immédiatement et le bateau est apte à manœuvrer sans délais.

 

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